Interview de Mehdi Coly, fondateur de Linkeyword

  • 27 juillet 2013
  • SEO
 

Linkeyword

Pour l’instant, j’ai surtout axé ce blog sur les aspects techniques du SEO. Suite à l’un de mes articles, j’ai eu l’occasion d’échanger par mail avec Mehdi Coly, fondateur de Linkeyword. Son parcours déjà très dense à 27 ans m’a donné envie de le présenter. Pas question quand même de tomber dans le publi-reportage, quelques questions délicates l’attendaient…

 

1/ Un mot sur vos études et votre parcours ?

J’ai validé en 2007 une maitrise de droit privé obtenue en Angleterre, et en 2008 un master de droit européen à l’université Lyon 3. Je n’étais pas particulièrement passionné par le monde juridique, qui manque cruellement, à mon gout, de créativité et de folie.

 

2/ Pourquoi ce départ au  Royaume-Uni et cette réorientation vers le SEM ?

Je n’ai passé qu’un an en Angleterre, à l’université de Leeds. Étudiant, je ne me rendais jamais aux cours magistraux, que ce soit en France ou à l’étranger : le fait d’écouter un prof raconter ce qui est écrit dans tous les bouquins spécialisés est pour moi une torture qu’il ne faut s’infliger que si l’on est volontaire, ce qui n’était pas mon cas. J’avais donc beaucoup de temps libre, puisque le fait d’apprendre le contenu d’un bouquin prend au maximum 1 ou 2 semaines par matière.

 

En Angleterre, j’ai exploité ce temps libre pour travailler dans une entreprise, Search Laboratory, qui faisait des campagnes Adwords multilingues. Au début, je devais simplement traduire les campagnes de l’anglais au français, en adaptant les termes selon des critères culturels (« rent a car Avignon train station » pouvait devenir « louer une voiture gare d’Avignon » mais aussi « louer voiture Avignon tgv »). Progressivement, Search Lab m’a donné plus d’autonomie, et j’ai commencé à traiter de taux de conversion, de taux de clics et de CPC.  A mon retour, je ne pensais à aucun moment m’orienter un jour dans le webmarketing.

 

 3/ Peu après ce retour justement, vous lancez Vitacolo; d’où vous vient cette idée ?

Depuis mes 21 ans, je dirige des colonies de vacances, qui sont une expérience que je conseille à quiconque veut vivre quelque chose d’extraordinaire. En colo, les liens qui se créent en 14 jours entre enfants, entre adultes et enfants, mais aussi entre adultes, sont parfois bien plus forts que les liens noués entre des personnes se connaissant depuis plusieurs années. Il en ressort une expérience humainement déstabilisante, fascinante et unique.

 

Mais, comme tout milieu ayant ses habitudes et ses leaders d’opinion, le monde des colos est menacé par deux extrêmes: d’une part, les entreprises prédatrices qui nient l’aspect éducatif des colos et leur rôle d’intégration sociale de l’enfant pour adopter une vision uniquement financière et marketing des séjours. De l’autre, les associations qui ne mettent aucun moyen de communication en place pour survivre dans un secteur extrêmement concurrentiel, et qui meurent à petit feu de leur sclérose et de leurs petites habitudes et certitudes.

 

Mon objectif en créant Vitacolo, était de démontrer qu’on pouvait créer un organisme ayant à la fois :

– Une vision économique alliée à des actions sociales concrètes. Vitacolo communique, fait des efforts de présentation de son offre, car si les parents ne réservent pas nos séjours, comme toute entreprise nous disparaissons (Vitacolo ne reçoit pas de subventions). Par contre, tous nos bénéfices sont utilisés pour financer des aides au départ au profit des enfants porteurs de handicap ou des classes moyennes, qui ne reçoivent pas d’aide de l’Etat.

 

– Une gestion RH millimétrée : les dirigeants de Vitacolo sont entièrement dévolus au bien être des directeurs et animateurs de colo. Ce sont eux qui sont sur le terrain. Leurs demandes sont quasiment des ordres pour nous. Nous les mettons des conditions d’exercice exceptionnelles comparé à la plupart des autres organismes : un animateur pour 5 enfants au lieu d’1 pour 12 selon la loi, un directeur pour 37 et pas pour 100, un budget d’achat de matériel énorme, des centres de vacances immenses etc…

 

– Un organisme indépendant de son créateur : mon objectif était de pouvoir sortir de Vitacolo sans que l’organisme périclite. Alors que de nombreux organismes sont à 100% dépendants de leur créateur même après 15 ou 20 ans d’existence, Vitacolo a pu s’affranchir de mon emprise dès sa 5ème année… Et ainsi éviter l’immobilisme, les habitudes, les réflexions d’anciens combattants du type « on a toujours fait comme ça, c’est pas pour rien ». Aujourd’hui, le Conseil d’administration de Vitacolo manage 3 salariés et gère directement de très nombreuses compétences.

 

– Un projet pédagogique construit et argumenté. Vitacolo est le seul organisme qui communique sur son projet éducatif. Nous pouvons nous le permettre car ce projet est très concret. Il tient en une phrase: chaque séjour a pour but de permettre à l’enfant de trouver sa place dans le groupe en réalisant un projet collectif. Voici quelques exemples de projets collectif: monter un restaurant, réaliser un film, monter un groupe de rock, construire un village dans la nature etc…

 

– Une ambiance où on prend plaisir à faire des choses ensemble. D’abord, avec 2 amis qui ont rejoint le bateau dès le départ (Nicolas Sabatier, François Milanesi), et avec qui on « s’engueule joyeusement » à longueur d’année pour définir chaque détail de ce que l’organisme doit faire pour être irréprochable sur tous les plans. A plusieurs les prises de décisions sont beaucoup plus sures et pertinentes.

 

4/ Quelle était la stratégie de référencement retenue pour ce site ?

D’après SEMrush, le trafic du site décolle en janvier 2011, atteint un pic en janvier 2012 (9000) mais freine un peu depuis mai 2013 (2000). Quelle est l’origine de ces difficultés, est-ce justement lié à un manque de précautions dans le netlinking et aux différents algorithmes de Google ? Je vois par exemple un lien depuis drtontle.com, acuponcteur espagnol :).

 

J’ai appris le SEO comme j’apprenais le droit : en lisant un guide complet, en l’occurrence le livre d’Olivier Andrieu, réussir son référencement web. J’ai été élevé au référencement par Olivier et son site Abondance. Quelques années plus tard, j’ai eu la possibilité de le rencontrer en vrai et d’être régulièrement en relation avec lui. J’apprécie énormément son humilité et sa capacité à rendre accessible le SEO.

 

La stratégie de référencement a donc été assez classique : produire beaucoup de contenu, avec un mot clé principal par page, et une page par mot clé. Avec le blog nous avons optimisé la longue traine et créé des mises à jour régulières du domaine. Au niveau Linking, nous avons, comme quasiment tout le monde, beaucoup usé des communiqués de presse dans la période pré-pingouin, en particulier en 2010-2011. Ces CP nous ont permis d’obtenir des résultats fantastiques, puisque pendant plusieurs mois nous étions tout simplement premier ou deuxième sur nos 15 mots clés phares, au singulier comme au pluriel, et avions une très bonne présence en longue traine.

 

En parallèle, je travaillais avec une agence de référencement parisienne. J’ai changé d’agence par la suite pour de nombreuses raisons, mais en particulier à cause des dégâts que cette agence a fait sur le netlinking. En 2010 et 2011, je n’utilisais pas de logiciel de suivi des liens… Mais quand pingouin est arrivé j’ai découvert que la « stratégie » de netlinking de l’agence consistait à mettre des liens absolument partout. Je me suis même retrouvé avec des liens provenant de sites pornos… Pour un site de colonies de vacances, il faut avouer que c’est moyen.

 

En 2012, nous avons été frappés par Pingouin à deux reprises. Notre pêché mignon de la période 2010 – 2011 était l’optimisation des ancres. Forcément, en terme de positionnement, nous avons donc beaucoup perdu, reculant du triangle d’or au bas de la première page. Mais la sanction n’a pas eu trop de répercussion sur le trafic. A mon sens, cela s’explique par l’importance de notre trafic de longue traine, et par le fait que le domaine avait acquis un bon trust tank en raison de son contenu et de la longueur des visites des internautes (bon ça je sais pas si c’est vraiment pris en compte par Google). En moyenne, nous avons un taux de rebond inférieur à 7% et une durée de visite de 4 à 6 minutes selon les périodes.

 

Nous avons essayé de nous débarrasser des liens le plus pénalisants: ceux provenant de sites n’ayant aucun lien avec la notre, que notre agence avait délicieusement disséminés dans des sites français et étrangers je ne m’aventurerais pas plus de 3 secondes sans avoir la nausée. Mais à l’évidence, nous devons aller plus loin et désoptimiser toutes les ancres des communiqués de presse que j’ai rédigé avant l’arrivée de pingouin.

 

 5/ Depuis 2008, quelle est l’évolution du CA, comment le développez-vous ?

Vitacolo est passé de 45 000 euros de chiffre d’affaires à près de 800 000 en 4 ans. La qualité des colos et du site internet sont les 2 seules manettes que nous actionnons, car nous avons comme principe de ne pas faire appel à la publicité, afin de ne pas faire augmenter les prix des colos.

 

 6/ Qu’est-ce que la Fondation Émergences ? Un exemple d’accompagnement ?

La Fondation Émergences a mis à la disposition de Vitacolo un consultant du nom de Pierre-Jean Augereau (BL Consultants). Il m’a appris tous les fondamentaux de la fonction de chef d’entreprise : de la vision humaine à la gestion financière, en passant par la stratégie de communication… L’apport de ce mécénat de compétence est inestimable.

 

 7/ Comment vous vient l’idée de Linkeyword ? Pourquoi ce nom, en aviez-vous d’autres en tête ?

Linkeyword vient de ma frustration post-pingouin. Quand j’ai expliqué aux adhérents et au CA de Vitacolo que la survie de nos colos était liée aux modifications des algorithmes de Google, presque tout le monde s’est indigné de ce changement qui remettait en cause la pérennité de nos belles colos :). J’ai alors du leur expliquer qu’il était normal que Google affine son algorithme pour améliorer la qualité de ses résultats, et que c’était à nous de nous adapter…

 

Pour s’adapter, à mon sens, il faut se demander ce que Google cherche le plus à sanctionner. Il me semble que l’obsession de Google est d’empêcher les stratégies visant à industrialiser la production de liens. Il faut donc éviter :

– Les stratégies qui exploitent de façon industrielle un critère particulier de l’algorithme de Google. Par exemple, le fait de mettre une même ancre sur tous ses liens.

– Les liens provenant de sites ayant industrialisé la production de liens : sites qui vendent des liens, annuaires, communiqués de presse.

 

Ma stratégie a donc été de considérer qu’en 2013, un bon lien, c’est le lien qui vient de sites ayant une vraie existence en dehors du SEO : le site du jardinier d’en face, du blogueur un peut « in » du moment, votre site, le mien et celui de ma belle mère. J’exagère mais tant que ça. L’idée de Linkeyword, c’est de faire des liens avec des sites réels… Mais sans réciprocité, car sinon on retombe dans les travers de l’industrialisation d’une pratique particulière qui peut être facilement détectée par Google.

 

Je crois, concernant le nom, avoir hésité avec Linkeynet, Linkey, Echanlien… des trucs dans le genre.

(Echanlien ? On a échappé au pire ;))

8/ Pourquoi choisir Linkeyword plutôt que Teliad ou Rocketlinks par exemple ?

Parce que Teliad ça coute un bras ! A 150 euros le lien, on est loin des 150 euros de l’abonnement annuel de Linkeyword…

 

9/ Est-ce que ce n’est pas une contrainte de devoir échanger ? N’est-il pas plus simple d’acheter un lien ?

A mon sens, le fait de faire des liens est une richesse, lorsqu’on le pratique avec intelligence. Quand j’octroie un lien à une personne m’ayant contacté par le biais de Linkeyword, je lui demande de rédiger un contenu qui va intéresser mes internautes. Si cette personne est capable de me fournir ce contenu pertinent, c’est que son site est effectivement digne de confiance et mérite d’apparaitre dans les SERP.

On reste donc dans une perspective Google friendly. L’important, c’est de bien sélectionner les sites vers lesquels on est prêt à faire des liens et ceux qu’on ne conseillera pas à nos internautes.

 

10/ Pourquoi passer par Linkeyword plutôt que de contacter directement le webmaster pour échanger un lien ?

Pour 2 raisons. D’abord, Linkeyword est équipé d’allonymes qui mâchent le travail de mise en relation. Vous êtes mis en relation directement avec les sites les plus pertinents par rapport à vos critères. Mais surtout, sur Linkeyword, vous pouvez faire des échanges de liens non réciproques, en utilisant la monnaie virtuelle: quand un partenaire fait un lien vers vous, vous le payez avec cette monnaie virtuelle.

 

Par exemple, vous lui donnez « 100 crédits ». Grâce à ces 100 crédits, cette personne pourra demander un lien à un autre site inscrit sur Linkeyword. Le deal est donc très simple : faites des liens vers certains sites, et gagnez ainsi des crédits. Utilisez ces crédits pour obtenir des liens depuis d’autres sites inscrits sur la plateforme.

 

11/ Quelle est votre stratégie pour faire connaitre Linkeyword ?

J’organise régulièrement des formations gratuites en référencement. A cette occasion, après deux heures de formation sur le SEO on page et off page, je présente la plateforme pendant 10-15 minutes et je répond aux questions éventuelles.

 

12/ Comment fonctionnez-vous actuellement ? Quels sont vos objectifs à terme ?

Linkeyword est une partie seulement de mon projet global. J’ai levé un peu plus de 210 000 euros en 2013 pour réaliser une plateforme (indépendante de Linkeyword) dont je ne peux pas encore dévoiler le principe… Elle sortira début 2014. Pour Linkeyword, je ne sais pas encore quels retours financiers je pourrai obtenir. L’idée est de développer la plateforme à l’international, mais pour cela j’ai besoin d’un partenaire à l’étranger que je n’ai pas encore trouvé.

 

13/ Félicitations pour vos prix

J’avais participé au concours Jeune entrepreneur de l’année en 2009 pour Vitacolo. J’avais échoué en finale. Cette fois-ci j’ai eu la chance de remporter le prix, j’en suis évidement très heureux.

 

 14/ Quel accompagnement recommanderiez-vous à un jeune entrepreneur ?

Je suis tout juste entré en circulation chez Créalys et je viens d’intégrer le Réseau Entreprendre. Ces deux structures d’accompagnement m’ont d’or et déjà beaucoup fait travailler mon business model et ma vision RH… Et ce n’est qu’un début !

 

 15/ Par rapport au financement, quels mécanismes avez-vous sollicité ?

Je dois dire que pour monter mon projet global (dont Linkeyword n’est qu’une toute petite partie), j’ai du faire appel à beaucoup de sources de financements :

(par ordre chronologique)

– Apport personnel.

– PCE auprès de la Banque Populaire.

– Investisseurs privés (« business angels »).

– Prix du concours d’entrepreneur.

– Prêt d’honneur Réseau Entreprendre.

– Avance remboursable Créalys.

– Je suis candidat chez Total Développement.

 

 16/ Est-ce que vous utilisez un logiciel d’A/B testing ? Comment avez-vous choisi le design et les couleurs ?

Non, je n’ai pas utilisé de logiciel d’A/B testing. Pour les couleurs et le design, j’ai un graphiste qui m’aide à choisir. Je dois avouer que sur ce point mes compétences sont très limitées… C’est d’ailleurs pour cette raison que pour le projet final, je fais appel à une agence conseil en matière de design.

Rendez-vous est donc pris pour 2014 et ce fameux projet final. Merci à Medhi d’avoir répondu à toutes les questions, même les plus sensibles :).

Édit déc 13 : vous pouvez consulter la suite et découvrir son dernier projet : Optimiz.me.

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Passionné par le Référencement et le Web Marketing, je conseille depuis 2012 des TPE et PME (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Royaume-Uni...) sur leur stratégie Internet.

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